Filière entrepreneuriale : le cas CentraleSupélec


Nombre d’organismes (Grandes Ecoles, Universités, Chambre de commerce, etc…) ont développé depuis une dizaine d’années des formations destinées aux entrepreneurs. Ces organismes complètent souvent ce cursus par des incubateurs d’entreprises, destinés à sélectionner des projets et accompagner leurs créateurs durant la phase initiale souvent critique.


Implantations des incubateurs - Carte de France RETIS


Avant d’aborder plus spécifiquement le cas de l’entrepreneuriat à l’Ecole Centrale, notons que cette dynamique entrepreneuriale n’a été possible que grâce à une évolution des mentalités : créer une entreprise en France, il y a encore 30 à 40 ans, était souvent considéré, pour un diplômé d’une grande école, comme un risque majeur pris, par rapport à une carrière de dirigeant-salarié dans une grande entreprise.La plupart des écoles d’ingénieurs et des écoles de commerce ont une filière "entreprenariat" et un incubateur : ces facilités ont permis de porter à 3,5/4% le nombre d’élèves créateurs d’entreprise, alors qu’il était à moins de 2%, il y a une dizaine d’années.

S’il échouait, il devenait souvent « un mouton noir » pour lequel la reconversion était délicate. Heureusement, cette période est révolue, mais elle avait un avantage, celui de sélectionner drastiquement les candidats dont l’étatd’esprit, l’attitude et la volonté étaient entièrement tournés vers la réussite du projet quelques soient les difficultés rencontrées et non pas vers la recherche de subventions étatiques et fonds privés pour pallier à leur manque d’esprit d’entreprise…

Concernant Centrale-Supelec, l’entreprenariat faisait partie de l’ADN de l’Ecole dès sa création : le créateur de l’école, Alphonse Lavallée, voulait former des hommes aptes à réaliser l’application pratique et concrète des développements scientifiques dans toutes les branches de l’activité productrice. Cet esprit transparaît dans l’enseignement et a permis de donner de grands chefs d’entreprises à la France durant 2 siècles (Michelin, Peugeot, Eiffel, etc..).

Actuellement la filière "entrepreneuriat " est une spécialité de 3ème année, mais les élèves de 1ère et 2ème y sont également sensibilisés : pour cela, CentraleSupélec a développé un écosystème unique : des entreprises étroitement associées à l’ensemble des cursus ingénieurs, une filière de 3ème année dédiée à l’entrepreneuriat (Centrale Entrepreneurs), un Parcours digital (Digital Teach Year), un Institut Open Innovation dont elle est membre fondateur, sans oublier un Incubateur et son Fab Lab qui accompagne la réussite des startups !

L’enseignement du cursus "entrepreneuriat" sensibilise à la finance, au marketing stratégique, au commerce et à la négociation, au management opérationnel et à la direction au quotidien de projet : ce programme s’étale sur 7 semaines, avec son application ensuite au développement du produit ou de l’idée de l’élève, avant son éventuel passage par l’incubateur.

L’incubateur (qui est ouvert à tous et pas seulement aux élèves issus de Centrale-Supélec) a été créé en 2001 pour compléter le cursus d’études. L’entrée se fait après sélection des projets : actuellement sont privilégiés les projets industriels (les projets Web et internet sont moins en vogue…), les critères de tri étant : le caractère innovant du projet, sa dimension technologique en rapport avec les laboratoires de l’école et son potentiel de croissance.

L’incubateur peut recevoir actuellement 15 projets (20 à partir de fin 2017, sur le nouveau campus Centrale-Supélec) et chacun peut s’appuyer sur :

► un accompagnement managérial,

► un accès aux laboratoires de l’école (5 thématiques disponibles : mécanique, énergique et combustion, matériaux et procédés, physique appliquée, mathématiques appliquées et technologie de l’information, génie industriel économie et gestion).

► des bureaux équipés,

► l'accès à un réseau d’expertises.

L’incubateur de Centrale Paris y a participé en aidant plus de 70 entreprises (avec un taux de survie des sociétés incubées de plus de 80%) permettant la levée de 80 millions d’€, la création de 600 emplois et un CA global de 235 millions d’€.

Sur les 30 dernières années, les anciens de Centrale-Supélec ont créé 240 entreprises et plus de 37 000 emplois. Parmi les plus connues, citons par exemple :

► EUROFINS SCIENTIFIC (création : 1987, CA : 2 Milliards d’€ et 27 000 employés dans le monde)

► BUSINESS OBJECTS (création : 1990, introduction au NASDAQ en 1994 et à EuroNext en 1999, rachat en 2008 par SAP pour 4,8 Milliards de $),

► CRITEO (création : 2005, cotée au NASDAQ depuis 2013, plus d’un milliard d’€ de CA en 2015),

► NEOLANE (création : 2001, rachat par Adobe en 2013 pour 600 millions de $)

► SYMPHONIS (création : 2000, rachat par Fortunéo en 2006 pour 350 M€)

► KELKOO (création : 1999, CA 2015 : 13 M€)

La filière "entrepreneuriale" est donc efficace pour faciliter l’éclosion des sociétés et leurs premiers développements. Mais la plupart de ces réussites ont imposées ensuite une tête de pont aux USA pour permettre leur internationalisation et  leur financement : le « modèle » français, propice à la naissance de sociétés innovantes, est finalement mal adapté à leur développement mondial car l’environnement administratif, financier et fiscal français ne permet pas une croissance rapide nécessaire à une conquête mondiale.

Jean LACROIX, Adhérent de Finance & Technologie